Je voulais t’écrire , tout près de l’eau.
Alors, je suis venue, là.
Je voulais t’écrire tout près de l’eau, pour que les mots aient un goût de terre, d’ombres humides, pour que la phrase soit toute contenue dans une caresse de vent, pour que la lettre soit un visage que tu recevrais à la tombée du jour.
Tu sais, il ne fait pas très chaud, je sens même que la pluie viendra sauter à pieds joints dans l’encre et la feuille. Elle dessinera de belles taches , comme un lichen qui aura poussé sur la lumière diffuse de cette heure.
A ma gauche, vois tu, posée contre un vieux tronc, il y a une chaise repliée. Tu vas me dire “ mais que fait là cette chaise ?” Je n’en sais rien, tu en as de ces questions !
Je ne sais pas mais elle ressemble à un morceau d’histoire arrachée, qui aurait passé un temps fou dans l’oubli et serait revenue au jour, trouée, rouillée et boueuse.
Et quelqu’un peut être aurait eu une sympathie envers cette chaise, et l’aurait au moins ramassée et re-posée.
Le repos, enfin, de cette chaise à la vie cabossée.
Ne crois-tu pas que comme la chaise, les vies cabossées ont bien droit à leur temps de repos ?
Moi, je crois que si, et suis certaine que toi aussi.......
(Connais tu le livre “Perlette, goutte d’eau “ ?
J’ai appris à lire en compagnie d’une goutte d’eau . Ca devait être une prémonition, un doigt de sagesse déjà pointé sur mon crâne...)
Je regarde et écoute et entend l’eau ...je la regarde aller là où elle doit se rendre, passant autour de ce qui pourrait être considéré comme un encombrement...elle n’a que faire de ce que beaucoup appellent , avec leur langage d’humains , l’empêchement, l’obstacle, et tout ce qui les détourne de leurs cours naturels.
Je crois qu’il était naturel que nous nous rendions au même arbre, aux mêmes fruits, à la même source.
Je sais que te rencontrer vient de l’ordre dans le désordre joyeux des sentiers, des cascades, des verts des arbres, des ciels qui s’époumonent à nous enchanter chaque jour.
Je sais ça, et tant encore sur les miracles que la terre tient en son secret.
Je voulais t’écrire tout près de l’eau pour que tu saches le bon de toi.
Notre simple luxe de la bonne tablée des phrases, de nos rivières en vase et de tes fleurs bleues comme petites étoiles au sol.
Je voulais t’écrire pour te dire merci .
Mais il ne fait déjà plus bien chaud, je vais rentrer
Et te donner cette lettre.
Et si tu veux bien,
Je t’écrirai beaucoup de lettres.
A toi
Nathalie