Espace poétique

21 août 2016

Je voulais t'écrire, tout près de l'eau

Je voulais t’écrire , tout près de l’eau.
Alors, je suis venue, là.
Je voulais t’écrire tout près de l’eau, pour que les mots aient un goût de terre, d’ombres humides, pour que la phrase soit toute contenue dans une caresse de vent, pour que la lettre soit un visage que tu recevrais à la tombée du jour.
Tu sais, il ne fait pas très chaud, je sens même que la pluie viendra sauter à pieds joints dans l’encre et la feuille. Elle dessinera de belles taches , comme un lichen qui aura poussé sur la lumière diffuse de cette heure.
A ma gauche, vois tu, posée contre un vieux tronc, il y a une chaise repliée. Tu vas me dire “ mais que fait là cette chaise ?” Je n’en sais rien, tu en as de ces questions !
Je ne sais pas mais elle ressemble à un morceau d’histoire arrachée, qui aurait passé un temps fou dans l’oubli et serait revenue au jour, trouée, rouillée et boueuse.
Et quelqu’un peut être aurait eu une sympathie envers cette chaise, et l’aurait au moins ramassée et re-posée.
Le repos, enfin, de cette chaise à la vie cabossée.
Ne crois-tu pas que comme la chaise, les vies cabossées ont bien droit à leur temps de repos ?
Moi, je crois que si, et suis certaine que toi aussi.......
(Connais tu le livre “Perlette, goutte d’eau “ ?
J’ai appris à lire en compagnie d’une goutte d’eau . Ca devait être une prémonition, un doigt de sagesse déjà pointé sur mon crâne...)
Je regarde et écoute et entend l’eau ...je la regarde aller là où elle doit se rendre, passant autour de ce qui pourrait être considéré comme un encombrement...elle n’a que faire de ce que beaucoup appellent , avec leur langage d’humains , l’empêchement, l’obstacle, et tout ce qui les détourne de leurs cours naturels.
Je crois qu’il était naturel que nous nous rendions au même arbre, aux mêmes fruits, à la même source.
Je sais que te rencontrer vient de l’ordre dans le désordre joyeux des sentiers, des cascades, des verts des arbres, des ciels qui s’époumonent à nous enchanter chaque jour.
Je sais ça, et tant encore sur les miracles que la terre tient en son secret.
Je voulais t’écrire tout près de l’eau pour que tu saches le bon de toi.
Notre simple luxe de la bonne tablée des phrases, de nos rivières en vase et de tes fleurs bleues comme petites étoiles au sol.
Je voulais t’écrire pour te dire merci .
Mais il ne fait déjà plus bien chaud, je vais rentrer
Et te donner cette lettre.
Et si tu veux bien,
Je t’écrirai beaucoup de lettres.
A toi
Nathalie

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16 août 2016

Demain, j'irai au bourgeon durci

Sous sa forme oiseau

Le ciel est venu ce matin.

Nid d'aurores

Et le fil blanc

Qui de ton lointain

Au mien

Fait danser l'air bleu

Dans la gorge trouée

Du mot.

 

Depuis où 

Ai-je perdu

Le levain du royaume

Des syllabes réservées ?

 

Demain,

J'airai

Au bourgeon durci

A la fin sans nom

Pour,enfin, la baptiser.

 

J'irai sécher

Le creux

Coincé dans l'eau

Entre l'aval et l'amont.

 

J'irai pour l'après

Pour que les matins

Comme chaque matin

Je te regarde

Monter les marches du coeur

Avec juste en mes yeux

La douceur de l'autre printemps.

 

Nathalie BARDOU 16 aout 2016

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13 août 2016

Les territoires de ton visage

Je t'écris

Dans un silence déboutonné

De bleus d'été.

Je t'écris toujours

D'un bout de ciel

Par moments 

Des mots d'acier

Par moments des mots feuilles.

 

Parfois

Un maigre mot

M'escalade

- mon maigre mot déchu -

Et tire sur le cordon des visages.

 

J'écris alors

Des entiers mondes

Je parcours tous les vents

Perçant les yeux des tempêtes

 

      Parce que j'ai mal

      A sa peau battante et bleuie

      Qui cherche ma bouche pour danser.

 

J'écris alors des mers d'histoires

De pacifiques sans horizons

De sables sur plages d'ivresse

De blés et de champs

Dont le jaune fouette les pupilles.

 

Et vient le moment

Où je reviens, 

Fatiguée sûrement, un peu

D'avoir encore accosté

Aux territoires de ton visage.

 

Me prend la lenteur

D'avoir encore cru à

Ces voyages inutiles

Dans le papier et l'encre.

D'avoir encore cru

L'oubli

Ne serait-ce qu'un jour, une heure

Alors que chaque soir

Sous les draps nocturnes

Ce sont tes yeux

Qui habitent mon outre-rêve.

 

Nathalie BARDOU 13 aout 2016

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07 août 2016

Je suis venue te dire

Je suis venue te dire
Que ce soit
Par le murmure
Souterrain
Par la montagne
Érigée
Par les chants de terre
Ou.juste 
Par la parole
De la bouche
Que je suis là

J avais cessé d attendre.
Et c est de cet endroit
Qu est née 
La peau
De l espérance.
Je regarde
Les saisons
Les profondes saisons
Aller et venir
Dans le coeur
De chaque ligne
Gardée au secret
Et chaque jour
C est toujours
Un peu de toi
Que je respire.

 

Nathalie BARDOU 6 aout 2016

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17 juillet 2016

Ailes blanches sans corps

 

Partis aussi sèchement

Qu'une porte fracassée

Par les gifles hurlantes des tempêtes.

Enfants dont ma mémoire

Ne connait les noms

Je vous bâtis 

En mes entrailles

Un clos de jardin.

J'y porterai les larmes

Et les cris

Des mains de vos mères

Et de vos pères.

Vous, 

Les arrachés à la joie du soleil

A la vague du désir de Vie

Qui étiez venus sur la ronde terre

Cueillir des étoiles sur les trottoirs,

Je vous porte en chaque os 

Qui ne trouvera de repos

Que si

Vous devenez bleu de ciel

Et vous levez dans mes rêves.

Je porterai alors

Quelque soit le voyage

Les terres et  les fleuves

Vos images naissantes

A la bouche

De vos mères

De vos pères

J'irai leur porter

Vos petites ailes blanches sans corps

Et des boîtes emplies de vos rires,

Des musiques de vos pieds

Et des danses de vos bouches.

 

Je vous attends,

Les mains, les bras, le ventre

Fleuris d'Amour.

Après votre long voyage

Vous viendrez fredonner

Des comptines

Sur le banc au fond des nuits.

 

Nathalie BARDOU

17 juillet 2016

 

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Tu es resté le synonyme.

Combien de plaines

Encore enlacer

 

Alors que je te regarde

Par le trou des pages.

 

 Tu es resté

Le synonyme

Des vents

Tournoyant

Au dessus de l'âtre de ma poitrine.

 

La chorale de tes mains

Etreint encore

Ce monde abreuvé

De lumière cerclée.

 

L'amour - vois-tu -

Est devenu

Cet enfant transparent

Rêvant 

Dans son berceau de feuilles.

 

Je l'allaite

De diamants et d'étoiles,

Veillant jour et nuit

A son souffle brodé

De ton nom.

 

Nathalie BARDOU

17 juillet 2016

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15 juillet 2016

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07 juillet 2016

ta petite soeur

Dans quelques heures, mon frère, tiens toi bien, l'horloge des naissances va sonner 54 ans.......de là où tu es, te rends-tu compte ?

Mais ce n'est pas ces 54 ans qui m'affolent, eux passent tranquillement dans le sang et me mettront quelques cheveux blancs de plus et quelques rides supplémentaires autour de tout....ce n'est rien, j'aime bien, ça me fait rire même.ce n'est qu'une succession de jours et de nuits parcequ'on compte et décompte le temps de cette manière qui en vaut bien une autre......;

Non, ce qui m'affole, c'est ce chiffre 40...40 ans , puisque lorsque tu as disparu, j'ai eu droit à une nouvelle mise au monde, si violente celle-ci.....chaque année je pense que je vais traverser ces jours sans frémir ni tressaillir, mais ma mémoire se met à plat et lance ses bip bip à tout va dans tous les couloirs...je dois donc m'asseoir et attendre que le manège s'arrête. Pas question de volonté, là, moi qui en ait une qui m'a déjà bien servie dans toutes les épreuves, là je n'en ai aucune. Je me laisse faire, me laisse traverser  , balloter, sentant comme des vagues peuvent encore me submerger..

C'est étonnant le chagrin et ses strates non ? je vis réellement une belle vie tu sais, je rencontre des chaleurs humaines, de la bienveillance, des sourires tous les jours, tes nièces sont deux jeunes femmes extraordianires que tu aimes , je le sais, là où tu es.....tu souris quand je t'en parle, parceque bien sûr je te parle tous les jours...et si j'oublie de te raconter, tu viens me chercher d'une manière ou d'une autre.

Hier notre maman me disait que tu serais très content de voir tout ce que je fais de ma vie, quels chemins un peu à part j'arpente, que tu aurais mes livres dans ton sac ( ah ton sac, rien que son évocation ouvre avec force le flacon du souvenir odorant de ton sac quand tu revenais la nuit de tes "promenades" )

Que nous aurions " fini ensemble, ce n'est pas possible autrement ", que" nous sommes si pareils que en partant, tu as laissé beaucoup de toi en moi......" et " que nous sommes de la même graine" . Cette idée est belle...et douce à entendre, ressentir, maintenant.

J'ai eu du mal à avancer avec cette idée tu sais...je te l'ai déjà dit mais je ne m'y retrouvais pas entre toi plus là, et moi encore là...et les regards tristes qui ne savaient plus parfois qui de nous deux était encore là...j'ai grandi de coin, bancale, avec un gros cratère fumant, noir, dans le corps et le coeur.....

Puis, la vie est un miracle.C'est pour ça que je l'observe tous les jours dans la nature, ces bourgeons qui apparaissent sur des branches cassées, ces graines enfermées pendant des dizaines d'années sous des terres sèches et dures et qui germent on ne sait comment.

 

Durant ces quarante ans sans toi, cette force de la nature a fait ça chez moi......depuis quelques jours, je suis plongée dans le cratère pour voir ce qui s'y passe, ce qui s'est passé depuis un an , et il y a des fleurs Hervé, il y a des fleurs.......je lève les yeux vers le ciel en t'écrivant, les mots s'arrêtent quelques secondes et je vais me poser contre ton grand corps bleu...je sens tes doigts dans mon cou....tu me souris et c'est si bon....

En réalité, à part ton absence physique, à part tout ça, tu ne m'as pas vraiment quittée...je l'ai su très vite mais parfois ça pleurait trop dedans pour que tu puisses venir y bavarder avec mes oiseaux dans la tête...longtemps, ça a trop pleuré, dévalé les pentes de mon corps. J'ai retrouvé un jour ce que j'acrivais à la pâle lueur de l'adolescence arrachée, oh pauvre gamine me suis je souvent dit....c'était de moi dont je parlais, et le "pauvre gamine" était la parole d'une femme adorant les enfants, les voulant à l'abri de toute douleur......j'aurais voulu rentrer dans ces mots et me prendre dans les bras tant j'ai eu mal de constater à quel point j'étais dévastée. Je le savais mais les mots, les mots des quatorze ans sont tellement sans déguisement..

Ah là là frangin, je me demande si le jour de mes 90 ans, je serai encore à t'écrire comme je le fais chaque an à Noël, à mon anniversaire et à celui de cette signature noire.

Surement oui...!

 

Je te remercie d'être venu hier soir me parler au début des rêves, ton visage était si beau, là si proche qu'il me semblait pouvoir te toucher...c'est pour ça que je t'écris aujourd'hui, parceque tu es vraiment venu poser tes beaux yeux sur mes paupières pour me dire que tout va bien, que tout ira toujours bien et que nous nous retrouverons le temps venu. Quand je doute un peu, un peu seulement, tu reviens me le dire...ta petite soeur alors est entièrement rassurée . Et a envie de danser ( qu'est ce qu'on a dansé tous les deux ....et ri de si bon coeur....!!!).

 

Aujourd'hui, le ciel est d'un bleu à pleurer de bonheur tellement il est comme un vitrail délicat . Je crois qu'aujourd'hui tout va être beau à pleurer, c'est un jour à larmes de Joie de pouvoir recevoir tout ce que je vais recevoir...le vent, le vert des arbres, le bleu du ciel.....je te raconterai ce soir .....;

 

Je te laisse un peu, je vais boire un café et me mettre en route , m'occuper des fleurs avec ta main pas loin de la mienne.....

Je te glisse à l'oreille quelques mots doux, je t'aime mon frère ! A bientôt !

Ta petite soeur

 

 

 

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15 mai 2016

Je venais te dire toute la musique

Allongée
Sur la peau
Des sentiers battus par la lumière,.
J’accouche
De livres d’images.
Dans l’oeil des lilas
A la bouche tremblante des pivoines
Les mains fortes du vent
Jouent avec ton visage.
Je tiens du bout des doigts
Des becs d’hirondelles
Préparant sur un fil rouge,
Tendu entre mes yeux
Et le souvenir transparent de ton front,
Leurs dernières migrations.
Infatigable
J’enjambe
Chaque jour
Et chaque nuit,
Comme un saumon
Remontant la source.
J’approvisionne mon panier d’âme
De tous ces verts
Ces roses
Ces mauves
Que ta palette n’a pas
Eu le temps d’aimer.
Comme si je cueillais la vie
Pour notre table dressée
Pour plus tard.
Je venais te dire
Que je t’entends
Dans chaque petit coin
De chaque saison
Je venais te dire
Toute la musique.
Nathalie BARDOU 15 mai 2016

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11 février 2016

Au devant des fenêtres

Tremblent un peu
Les fougères
Sous le front paisible
Des nuages.
Se dressent ,
Aux coins des repos ,
Engourdies
De tant d’obscurité
Les flammes bleues
Des pierres.
Lui,
Vient au devant des fenêtres,
Son visage de sous-bois
Et ses mots-chemins ,
Cette encre
Aux phalanges.
Lors, leurs regards s’arrêtent
A la porte souple
Du silence.
S’irriguant l’un l’autre
Des chants brunis
Que la terre garde
Dans sa main d’Histoire.
Nathalie BARDOU 11 février 2016

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